Jean-Luc Lagleize contre le GIEC

Le collectif PAD ne manque pas d’être surpris à la lecture de l’interview de Jean Luc Lagleize parue dans Actu Toulouse ; en effet le député de la Haute Garonne, n’a pas jugé utile de prendre en compte les propositions contenues dans le rapport, « Moins d’avions, plus d’emplois » publié le 31 août 2021 par le Collectif. Or, l’impact environnemental de l’aviation est réel. L’aviation est responsable de 5% du forçage radiatif global relevé cette dernière décennie et n’est pas en pleine décarbonation, loin s’en faut. Jusqu’en 2035 et l’hypothétique apparition d’un avion décarboné, il s’écoulera treize années durant lesquelles les avions vont continuer à réchauffer l’atmosphère. Bien plus si l’on considère les quinze années nécessaires pour renouveler les flottes sans compter que ces avions auront une portée et une capacité limitées. Que faire pendant cette période ? «Accélérons ! » dit l’industrie, « Ralentissons ! » disent les scientifiques.

Monsieur le député est effrayé par le mythe de l’aviation bashing qui n’existerait « quasiment qu’en France ». Mais il y a bien un malaise autour de l’avion et de sa responsabilité dans le réchauffement climatique, et, n’en déplaise à Mr Lagleize, le problème est mondial.

Ce dernier qui a travaillé avec Greenpeace déplore que, pour les associations environnementales, la diminution des émissions de gaz à effet de serre se transforme en diminution du transport aérien . Mais c’est  exactement ce  qu’il faudrait faire en attendant la réelle décarbonation de l’aviation. Le constat scientifique dérange-t-il Monsieur le député ? Nous l’invitons à relire le référentiel Aviation et Climat de l’ISAE-SUPAERO qui démontre  que pour tenir les 1,5°C il faut que le trafic aérien entame une décroissance, pas un arrêt total, une décroissance. Si la pandémie a fait baisser le trafic, profitons-en pour nous organiser avec un niveau de trafic soutenable, partageons le travail, investissons dans la recherche, diversifions notre territoire, travaillons à la transition écologique globale ! Monsieur le député poursuit : « Il va peut-être falloir arrêter de se tirer des balles dans le pied quand nous avons une industrie qui est l’une des premières industries mondiales, qui génère 700 000 emplois et un commerce extérieur positif pour la France. » Mais l’aviation représente environ 300 000 emplois en France. D’où nos propositions de partage du travail et de diversification notamment. « Au niveau mondial, l’aérien, c’est 3 % des émissions gaz à effet de serre. Le logement, c’est 30 %. Quand on considère que le logement pollue 10 fois plus que l’aérien, on va dire quoi ? On arrête de construire car ça pollue?»

Au niveau mondial, l’aérien représente entre 2 et 3% des émissions de CO2, et, en comptabilisant tous les effets réchauffant, 5% du forçage radiatif global sur la dernière décennie.

Ces chiffres vont continuer à grimper ces 30 prochaines années si le trafic augmente. Il est vrai que d’autres secteurs contribuent plus que l’aérien au réchauffement global mais est-ce une raison pour favoriser sa croissance ? Personne ne demande d’arrêter de construire des logements, de même, personne ne demande l’arrêt total de l’aviation. Nous demandons de maintenir un trafic soutenable et respectueux des populations survolées à basse altitude tout en investissant dans la recherche en parallèle (voir notre rapport « Moins d’avions, plus d’emplois »). Ainsi, la croissance ne sera possible qu’à budget carbone constant et à nuisances à la baisse.

Les SAF seraient selon Monsieur Lagleize « l’avenir à court terme de l’aviation » mais les scientifiques déclarent que les quantités produites actuellement et projetées ne permettront pas de répondre à la demande gargantuesque de l’aviation qui n’est qu’un utilisateur parmi d’autres.

Tous les secteurs de l’industrie utilisant aujourd’hui de l’essence ou du gasoil auront également besoin de «biocarburants » pour pouvoir, eux aussi, se décarboner. De plus, les SAF organiques posent de nombreux autres problèmes: concurrence avec l’alimentation, expropriation de population, cultures intensives et appauvrissement des sols, etc. Et tout cela pour continuer à doubler le trafic aérien tous les 15 ans ?

Le collectif PAD s’oppose donc aux déclarations du député et affirme que l’aviation ne pourra pas maintenir sa croissance. L’aviation doit faire sa juste part dans le combat engagé. Nous proposons à Monsieur le député un débat public autour du rapport. Nous pouvons faire intervenir différents experts, des salariés de l’aéronautique des organisations non gouvernementales, des riverains d’aéroports. Pourquoi ne pas organiser ce débat pendant le sommet européen de l’aviation les 3 et 4 février prochain ?

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