Le Bourget acte la fuite en avant du secteur aéronautique malgré les alertes

Dans une tribune, publiée la veille de l’ouverture du Salon du Bourget aux côtés de 14 associations, nous nous demandions naïvement si le secteur aéronautique allait enfin prendre la mesure du défi qui s’impose à nous. Dès l’ouverture du salon le lundi 19 juin, nos maigres espoirs étaient douchés par la commande par Indigo (une compagnie indienne) de 500 Airbus. Cette commande bat “le record du monde des commandes” quelques mois seulement après le précédent record détenu par Air India. Nous avions d’ailleurs travaillé avec nos homologues indiens pour cette occasion. Ils sont une fois de plus abattus par cette nouvelle commande alors même que l’Asie toute entière suffoque en ce début d’été.
Le Salon du Bourget s’est clôturé avec l’annonce par les météorologues de l’arrivée sur le continent européen du nuage de cendres provoqué par les méga feux au Canada. Dans un film hollywoodien les présidents du monde entier – états-uniens en tête ! – seraient déjà à pied d’œuvre pour sauver le monde. L’armée serait mobilisée pour protéger des sites naturels d’une artificialisation certaine. Et des braves gens transformés en héros accompliraient leur destin. Dans la vraie vie, Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, et un petit nombre d’hommes et de femmes s’épuisent à alerter les décisionnaires que nous n’allons pas dans la bonne direction, que nous sommes indignes du défi à mener, etc.  Les autres ferment les yeux ou applaudissent lorsque le carnet de commande s’allonge de 500 avions supplémentaires.

Nous, les salariés de l’aéronautique, les économistes, les chercheurs, les riverains d’aéroports, les syndicats, devons-nous applaudir ou alerter ? La question est-elle si difficile ? L’industrie aéronautique, à ignorer les alertes scientifiques, court à sa perte et nous entraîne avec elle.

Elle embarque notamment les rêves des “jeunes ingénieurs qui veulent inventer l’avion de demain”, encouragés par un effet « Top Gun » selon Le Monde. Rappelons à ces « nouveaux pionniers », comme ils se présentent, qu’ils vont travailler pour une industrie qui souhaite construire des « avions fossiles » pendant les deux prochaines décennies. Faire croire aux jeunes que l’avion vert existe est un nouveau mensonge qui permet de garantir les profits d’une industrie fossile dont les émissions ne sont toujours pas comptabilisées par les États. Les véritables passionnés, les vrais pionniers préconisent, eux, un ralentissement pour préserver l’avenir en attendant les innovations. Car la sobriété sera d’autant plus brutale que nous l’aurons moins anticipée. Nous l’avons subie l’hiver dernier avec des fermetures d’usines pour cause de restrictions énergétiques. Nous la subissons depuis plusieurs mois avec la sécheresse généralisée sur le territoire. Et nous la subirons cet été avec nos logements mal isolés contre la chaleur.  Est-ce le moment d’augmenter les cadences de production d’avions ? Est-ce le moment de mobiliser le fonds vert climat pour financer ces nouveaux avions ? Qui peut croire que cela va tenir encore deux décennies ?

Information intéressante dans le paysage médiatique : notre présence sur quelques ondes ! Merci aux journalistes qui ont permis le contrepoint et la mise en lumière de l’absurdité que constitue la croissance du trafic aérien aujourd’hui. Belle surprise également de voir 21 associations et collectifs porter plainte contre 17 compagnies aériennes pour greenwashing et pratiques commerciales trompeuses. En espérant que ces procès à répétition aboutissent enfin ! Pour terminer, les déclarations des PDG de Qatar Airways et d’Emirates ont été un exemple de lucidité :

« Vous ne ferez pas voler un A380 vers Los Angeles, avec 500 passagers à bord brûlant 200 tonnes de carburant, avec autre chose que du carburant fossile pour le moment ».

C’est cette franchise qui permettra l’électrochoc nécessaire à la transition du secteur.

Le collectif PAD

Nous en profitons pour indiquer qu’après nos articles sur Airbus et ADP, publiés au mois de mai, notre adresse mail a été piratée. Nous n’arrêterons pas nos activités pour autant. Pour nous contacter voici donc notre nouvelle adresse mail : pensonsaerodemain@proton.me et nos excuses aux journalistes qui nous auraient sollicité sur notre GMAIL pendant le salon du Bourget.

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