Atelier des territoires – Un futur désirable. Vraiment ?

L’atelier des territoires, organisé sous l’égide du Préfet Guyot et consacré au devenir de la plateforme aéroportuaire de Toulouse, s’est clos début décembre.

Depuis le webinaire de lancement du 7 mars 2022, trois sessions de travail de deux jours (en mars, octobre et décembre) et de nombreuses réunions intermédiaires ont eu lieu.
Nos quatre structures se sont largement investies dans ces échanges et nous souhaitons, par le présent communiqué et au vu des propositions concrètes qui nous ont été présentées par les services de l’État et du Ministère de la Transition Écologique, faire le point sur cette initiative.

Un projet déclinant les différents engagements que pourraient prendre les signataires d’un futur pacte dit « gagnant – gagnant » nous a été transmis le 16 décembre. Nous y avons répondu collectivement, le 22 décembre, par une déclaration, non publique, adressée au préfet et aux pilotes de la démarche ; puis nous avons rédigé des amendements que nous avons présentés lors d’une réunion de travail le 12 janvier.

En préalable, nous actons de la liberté de ton qui a prévalu lors des travaux de cet Atelier des territoires ; nous avons pu, sans obstacles majeurs, énoncer nos constats, développer nos analyses et faire des propositions. Nous avons aussi beaucoup écouté les différents acteurs présents ; que ce soient les élus territoriaux et locaux, les représentants du secteur aérien et de l’industrie aéronautique ou bien encore les membres de différentes instances et structures économiques et sociales. Comme nombre de participants l’ont exprimé lors de la séance de clôture du 7 décembre à Grenade-sur-Garonne, nous avons sans doute collectivement avancé dans la compréhension des positions des uns et des autres.
En ce qui nous concerne, nous avions, de prime abord, le sentiment d’avoir été écoutés. Mais avons nous été entendus ?

Au-delà des trois sujets, importants, que sont :

  • la santé (nuisances sonores) des riverains et la pollution liées au trafic aérien et aux activités de l’aéroport,
  • la mobilité et les transports entre les communes et la zone aéroportuaire,
  • l’impact de la politique Zéro Artificialisation Nette – ZAN sur la capacité des communes à accueillir de nouveaux habitants,

qui ont, pour partie, focalisé les échanges, nous avons insisté, tout au long des travaux, sur certains points qui, à notre sens, auraient dû faire partie intégrante des engagements issus du travail collectif effectué durant près de 9 mois.

Nous demandons, et nous l’avons réitéré sans relâche lors de chaque session de travail, que des travaux de prospective sur le devenir de la plateforme aéroportuaire soient réalisés en se basant sur des scénarios différenciés, intégrant des hypothèses variées d’évolution du transport aérien, du trafic et donc de la construction d’avions. Et, bien sûr, que soient déclinées les conséquences qu’auraient ces différentes hypothèses sur la place aéroportuaire et, plus largement, sur le devenir de l’aire urbaine de Toulouse et celui de la région.

Le partage via, entre autres, des auditions d’experts, des études réalisées ces derniers mois sur le secteur aérien par des scientifiques et chercheurs (ISAE-SupAéro, Atecopol), par des agences d’état (ADEME), par EDF / RTE, par l’association négaWatt, par Aéro-Décarbo / Shift Project et bien d’autres devrait permettre à toutes les parties prenantes de penser avec lucidité l’avenir de notre territoire, terriblement dépendant du secteur aéronautique.

A la lecture des différents engagements proposés, nous sommes très loin du compte sur ce sujet et nous l’avons exprimé clairement lors des échanges de ce mois de janvier.

En ce qui concerne les aspects lié au trafic aérien et à ses conséquences sur la santé des riverains (pollutions sonore et de l’air), nous avons rappelé que nous demandons instamment :

  • la reconnaissance que la nuit, c’est huit heures (de 22h à 6h),
  • un couvre-feu sur une partie de la nuit (de 23h30 à 6h),
  • des limitations strictes sur le nombre et le type d’avions pouvant voler en début (22h-23h30) et fin (6h-8h) de nuit.

A la lecture du document de travail qui nous a été soumis, le compte n’y est pas et nous avons fait des propositions d’amendement dont la suite qui leur sera donnée sera un bon indicateur de la prise en compte, ou non, de nos demandes.

Nous étions aussi très en attente sur les modalités de formulation générale des propositions faisant suite aux échanges. Nous avons, par exemple, demandé très clairement que la question environnementale (sans qu’elle soit réduite au réchauffement climatique mais en intégrant aussi d’autres données comme celles liées à la préservation de la biodiversité) soit placée en surplomb des autres approches, comme l’économie, du devenir de la zone aéroportuaire.
Rien, à notre sens, de bien excessif dans cette demande quand on écoute les alertes fondées et répétées de la communauté scientifique internationale regroupée dans le GIEC ou bien encore celles, de plus en plus pressantes, de l’ONU.
En guise d’engagement, nous avons le droit à l’adjonction du terme durable à celui de développement… Alors que cette question environnementale devrait irriguer en profondeur la rédaction des futurs engagements.

Les trois axes qui ont structuré nos interventions dans l’Atelier des territoires, à savoir :

  • travailler sur d’autres hypothèses que celle du maintien de la trajectoire économique actuelle de l’aire toulousaine totalement dépendante de l’aérien et de l’aéronautique pour effectuer une bifurcation écologique et sociale,
  • mettre la question des pollutions sonores et chimiques, de la santé des riverains au coeur des actions à mener avec des échéances de court terme,
  • placer l’environnement en surplomb des autres approches du devenir du territoire,

sont donc, de facto, traités comme des éléments parmi beaucoup d’autres alors, qu’à notre sens, ils auraient dû être au fondement de la démarche.

Pourtant, il y a urgence.
Le dérèglement climatique n’attend pas, la chute drastique de la biodiversité s’accélère. Nous n’avons plus le temps. Nous ne pouvons attendre la venue d’un hypothétique avion « vert » dans quinze ans ; et les carburants dits durables, sur lesquels mise le secteur aérien, ne pourront être produits en quantité suffisante pour couvrir des besoins à hauteur des prévisions de développement du trafic telles qu’elles sont avancées par les opérateurs du secteur.

Il y a donc, derrière ces constats, l’expression de profondes divergences de vue et des perceptions très différentes des temporalités au regard des actions à mener pour « construire ensemble un futur désirable » comme le dit si bien le libellé de définition de l’Atelier des territoires.

Chaque année qui passe rend les objectifs fixés par l’accord de Paris plus difficiles, voire impossibles, à atteindre.

Vidé, en ce qui nous concerne, d’une grande partie de son sens par la non prise en compte réelle de nos demandes, la signature de ce pacte, rédigé sur la base des engagements tels qu’ils sont en l’état formulés, ne conduirait qu’à faire de nos associations des faire-valoir, une sorte de « caution citoyenne ».

Nous attendons cependant avec intérêt, mais avec un certain scepticisme il faut le dire, la version du pacte qui nous sera proposé à signature.
Nous rendrons publique notre décision car nous devons à nos mandants et à la population de l’aire toulousaine la plus grande transparence sur nos décisions.

Fait à Toulouse, le 23 janvier 2022,

CCNAAT – Collectif contre les nuisances aériennes de l’agglomération toulousaine
Collectif PAD – Pensons l’aéronautique pour demain
FNE MP – France Nature Environnement Midi-Pyrénées
UCQ – Union des comités de quartier

Crédit image: Hynek Moravec, derivative work Lämpel
https://commons.wikimedia.org/wiki/File:20070503153920!Toulouse_7412m_retusche.jpg

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