Quelles questions pose la direction de l’Aéroport Toulouse Blagnac en déposant un recours au tribunal pour obtenir des dommages et intérêts par suite de la baisse du trafic au moment du COVID en 2020 et ses conséquences sur leur chiffre d’affaires pour 2020-2022 ?
La plainte peut paraître incongrue pour toutes celles et ceux qui ont subi des conséquences négatives durant cette période, c’est à dire quasiment tout le monde ; mais il est vrai qu’une certaine curiosité l’emporte concernant la teneur future des débats au tribunal, les arguments défendus et la réponse des juges.
Pour nous, extérieurs aux trois parties que sont les plaignants, le pouvoir public et la justice, une question nous taraude : ATB-EIFFAGE va-t-il percevoir un manque à gagner ? Donc allons-nous payer plus d’impôts (ou avoir encore moins de services publics puisque le leitmotiv de la politique du président Macron c’est toujours moins d’impôts) pour permettre aux actionnaires d’ATB-EIFFAGE d’être renfloués d’une perte de dividendes. Calculée suivant quelles règles ?
Est-ce ainsi que le capitalisme évolue ? Le temps où les « courageux » actionnaires qui achetaient des actions en misant sur une plus-value possible mais incertaine serait-il révolu ? Aujourd’hui l’investissement doit-il rapporter « quoi qu’il en coûte » ? Par tous les moyens. Y compris juridiques. Au tribunal, ATB-EIFFAGE rendra-t-il responsable l’État d’avoir bloqué le trafic aérien par le confinement obligatoire ? Confinement qui, il faut le rappeler ici, est le résultat d’une pandémie dont la rapide propagation est due aux utilisateurs de l’avion. Donc le transport aérien est en partie responsable de la vitesse avec laquelle le virus s’est répandu ; mais il ne doit pas en subir les conséquences car, et c’est sous-entendu dans ce recours, il doit continuer de se développer, de gagner des parts de marché, de multiplier les voyages, d’augmenter le trafic pour satisfaire les quelques pourcents d’hommes et de femmes qui ont les moyens d’utiliser ce transport et dépenser dans tous les coins du monde leurs dividendes si « justement » et peut être bientôt pour certains légalement obtenus.
Scientifiquement la transition du secteur aéronautique ne pourra pas se faire sans décroissance a minima temporaire du trafic aérien. La transition écologique est déjà fortement menacée par les difficultés de sa mise en place, alors accorder une indemnité aux actionnaires d’une croissance éternelle reviendrait à subventionner un modèle économique voué à l’échec.
Il est temps d’utiliser l’argent public à des fins plus pérennes en initiant la transition juste de l’industrie dans son ensemble et de l’industrie aéronautique en particulier.
Peut-être que le nouveau haut-commissaire au plan, anciennement ministre délégué aux transports, saura planifier tout cela.
Le collectif PAD
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